Le Forum sur la participation des ONGs aux travaux de la 35ème Session Ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples organisé conjointement avec la neuvième Foire du livre sur les Droits de l’Homme à Kairaba Beach Hotel, Banjul, Gambie, du 18 au 20 mai 2004,
Conscient de l’importance fondamentale de reconnaître les minorités et les populations indigènes dans les pays africains et dans les constitutions de ces pays comme étant essentielle pour la protection de leurs droits et la promotion de la coexistence constructive, la prévention des conflits et le développement durable;
Reconnaissant les normes inscrites dans le droit international pour la promotion et la protection des droits des minorités et des populations autochtones, telles qu’articulées dans la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Personnes appartenant aux Minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques, la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail sur les populations autochtones et tribales dans les pays indépendants, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention sur les droits de l’enfant;
Considérant l’importance accordée dans le droit international à l’auto-identification comme premier critère pour la détermination de qui constitue une minorité ou une personne autochtone ; ainsi que l’importance d’une participation efficace et significative et de la non discrimination, notamment en ce qui concerne le droit à l’éducation;
Reconnaissant l’engagement manifesté par la Commission Africaine à l’égard des droits et des préoccupations des minorités et des populations autochtones en Afrique à travers sa Résolution sur l’Adoption du rapport du Groupe de travail de la Commission africaine sur les populations/communautés autochtones, lors de sa 34ème session ordinaire tenue à Banjul en novembre 2003;
Soutenant le rapport sur les populations autochtones qui analyse les violations massives des droits humains des diverses populations autochtones en Afrique;
Exhorte la Commission africaine:
a) à appliquer de manière efficace sa décision de publier le rapport sur les populations autochtones et à veiller à sa large distribution parmi les Etats membres et les décideurs au niveau des instances de développement internationales ; à apporter tout le soutien possible au groupe de travail d’experts sur les droits des populations/communautés autochtones en Afrique en vue de lui permettre de remplir pleinement et efficacement son mandat;
b) à souligner la nécessité urgente d’une action en vue de la protection des droits humains des populations autochtones qui se trouvent dans des situations de plus en plus précaires:
Le Forum des ONG lance également un appel à la Commission africaine pour qu’elle exhorte les autorités compétentes à:
1. soutenir l’adoption du projet de Constitution du Kenya qui, à l’issue de longues consultations, reconnaît et protège la diversité et les droits des communautés marginalisées comme les Masai, les Iltiamus et les Ogiek, notamment, en ce qui concerne leurs droits fonciers et l’exploitation des ressources naturelles, l’urgence étant signalée par la situation actuelle vécue par les Masai du lac Magadi, dans le district de Kajiado;
2. demander au Gouvernement du Rwanda, conformément à la reconnaissance par la Commission Africaine de l’existence de populations autochtones en Afrique et leur persécution, de tenir compte des crimes perpétrés contre les pygmées Batwa dans les travaux des juridictions spéciales Gacaca créées pour traiter des crimes de génocide de 1994 au Rwanda;
3. encourager les gouvernements de l’Ouganda, de la RDC, du Burundi et du Rwanda et les institutions responsables de l’expropriation par le passé des terres des Twa d’indemniser les communautés des Twa avec des terres de qualité équivalente. Les lois et les politiques spécialement relatives aux droits fonciers devraient reconnaître les formes traditionnelles de propriété foncière et d’utilisation des terres et assurer que les femmes Twa bénéficient des mêmes droits que les hommes en matière d’utilisation, de propriété, de succession et de vente des terres;
4. exhorter le Gouvernement de la RDC à traduire en justice les auteurs des violations massives des droits humains des Batwa, notamment les actes de cannibalisme, à condamner et à prendre des mesures contre les responsables des récents enlèvements de deux pygmées Batwa, nommément Angali et Amuzati, alors qu’ils venaient de témoigner auprès de missions d’enquêtes internationales;
5. recommander au Gouvernement du Niger de protéger les populations touaregs contre la radiation issue de l’exploitation de l’uranium et à permettre aux ONG d’effectuer des enquêtes sur le niveau de radiation, en particulier dans la région touareg d’Agadez ; à demander instamment aux compagnies d’exploitation minière multinationales à aborder la question de pollution émanant de leurs activités et à prendre des précautions essentielles et créer des infrastructures en mesure d’assurer la protection de l’environnement;
6. exhorter le Gouvernement du Cameroun d’arrêter l’invasion et la prise des pâturages traditionnels par de puissants propriétaires de ranch et fermiers, comme cela s’est passé dans la province nord-ouest du Cameroun , à demander également au Gouvernement du Cameroun d’assurer la représentation des populations Mbororo dans les milieux de prise de décision et à reconnaître et soutenir le programme parajuridique et d’éducation massive MBOSCUDA (Mbororo Social and Cultural Development Association) au profit des populations pasteurs autochtones Mbororo;
7. solidaires avec les tribus autochtones africaines de la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan, nous demandons l’arrêt de la campagne de nettoyage ethnique et le déploiement d’une force internationale de maintien de la paix en vue de la protection et de la fourniture immédiate d’une aide humanitaire à toutes les communautés touchées;
8. encourager le Gouvernement du Botswana à reprendre les négociations avec les populations San du Botswana et leurs représentants par rapport à leur expulsion de leurs terres, en vue du respect de leur droit à être impliqués dans leur propre développement et, à cet égard, mettre en application les recommandations formulées par le Comité des Nations Unies sur l’élimination de la discrimination raciale en 2002.
Le Forum des ONG lance enfin un appel à la Commission africaine pour qu’elle travaille de concert avec les gouvernements africains afin:
De veiller à la mise en oeuvre du NEPAD en respectant totalement les droits de l’homme et en garantissant la participation pleine et efficace des communautés locales et des populations autochtones dans toute politique de développement conventionnel susceptible de les concerner dans les régions où elles vivent.
Fait à Banjul, le 20 mai 2004.