Nous, participants au forum des ONG de la 47eme Session ordinaire de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples,
Profondément préoccupée par la résurgence et la persistance des coups d’État et tentatives de coups d’Etat ainsi que par les violences liés aux processus électoraux dans de nombreux pays en Afrique sub-saharienne ; notamment les coups d’État au Niger en février 2010, en Mauritanie en août 2008, en Guinée Conakry en décembre 2008, à Madagascar en mars 2009;
Rappelant notamment les violences qui ont éclaté en février 2010 en Côte d’Ivoire générées par les reports successifs de l’élection présidentielle; les irrégularités qui ont émaillé l’élection présidentielle au Togo en mars 2010 et les arrestations d’opposants politiques qui ont suivi ; le déroulement des élections générales au Soudan marquées par des fraudes massives ayant abouties à un résultat prédéterminé;
Considérant que les changements anticonstitutionnels de gouvernement et que les violences liées aux processus électoraux ponctuent la plupart du temps des situations de violation des principes démocratiques comme le changement des dispositions constitutionnelles pour allonger le mandat présidentielle ou retirer la limitation du nombre des mandats, le report des élections et les fraudes et manipulations lors des processus électoraux;
Rappelant les décisions de l’UA sur la question des changements anticonstitutionnels de Gouvernement, en particulier les décisions (Assembly/AU/Dec.220/XII et Assembly/AU/Dec.253/XIII) adoptées en février et juillet 2009 à Addis-Abeba et Syrte, ainsi que la Déclaration de Tripoli sur l’élimination des conflits en Afrique et la promotion durable de la paix, adoptée par la Session spéciale de la Conférence de l’Union tenue à Tripoli le 31 août 2009;
Rappelant l’adoption en 2002 de la Déclaration sur les principes régissant les élections démocratiques en Afrique qui dispose que « la tenue d’élections démocratiques constitue une dimension importante dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits », l’adoption en 2007 de la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance;
Rappelant la résolution de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP/Rés.133/XXXXIIII/08) adoptée à sa 44ème session ordinaire à Abuja en novembre 2009 sur les élections dans les pays africains et celle (CADHP/Res162(EXT.OS/VIII) adopté à sa 8 ème Session extraordinaire en mars 2010 à Banjul sur la situation politique au Niger;
Notant que l’année 2010 a été déclarée Année de la Paix et de la Sécurité en Afrique par la 14 ème Session ordinaire de la Conférence, le 3 février 2010 à Addis-Abeba (Ethiopie) et quelle doit coïncider avec l’aboutissement du processus d’élaboration et d’adoption du plan stratégique pour les droits de l’Homme en Afrique;
Préoccupés par l’évolution des processus électoraux, les changements constitutionnels portant atteinte aux principes démocratiques et de l’état de la sécurité et des libertés dans les pays devant aborder des échéances électorales en 2010 comme au Rwanda, en RCA, à Djibouti, au Burundi, en République de Guinée ou encore au Burkina Faso, en Egypte et peut-être en Côte d’Ivoire;
Le Forum de participation des ONG demande à la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples d’adopter à l’occasion de sa 47ème session ordinaire qui se tient à Banjul (Gambie) une résolution:
Réaffirmant la condamnation de tous les changements anticonstitutionnels de Gouvernement qui sapent les avancées enregistrées dans les processus de démocratisation en cours sur le continent et qui constituent une menace à la paix et à la sécurité en Afrique;
Condamnant les irrégularités entourant les processus électoraux qui peuvent générer des situations de rupture de la démocratie;
Appelant les États membres de l’Union Africaine à:
- Respecter strictement l’Article 4 (l) et (p) de l’Acte constitutif de l’Union africaine et l’article 13(1) de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples;
- Ratifier la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance, à respecter ses dispositions et intégrer en droit interne ses dispositions;
- Reconnaître le droit à l’existence des divers partis politiques et le droit à une démocratie pluraliste conformément aux instruments internationaux de protection des droits de l’Homme;
- Garantir l’indépendance de l’organisme chargé de la gestion des élections avant, pendant et après la tenue de toute élection;
- Prendre les mesures nécessaires pour permettre aux tribunaux de répondre en toute indépendance au droit à la justice et à réparation des victimes des violences liées aux processus électoraux;
- Garantir l’indépendance des instances chargées de contrôler le respect de la légalité des processus électoraux et assurer un recours effectif auprès d’instances indépendantes y compris judiciaires en cas de contestation;
- Renforcer les capacités des instances de l’Union africaine, notamment le Conseil de paix et de sécurité et de la CADHP, dans l’anticipation des violations des principes démocratiques à travers une action préventive directe beaucoup plus dynamique, assortie le cas échéant de sanctions contre toute personne dérogeant à ces principes;
- S’assurer que la Commission de l’Union africaine en accord avec les les autres organes de l’UA en charge de la protection et la promotion des droits de l’Homme ainsi que les autres partenaires stratégique institutionnels comme les organisations de la société civile impliqués dans le processus intensifie leurs efforts et leurs coopérations en vue de garantir que le Plan stratégique soit finalisé et présenté pour son adoption au plus tard au Sommet de l’Union africaine sur les Valeurs communes en Afrique au regard de l’importance fondamentale que constitue le respect des droits de l’Homme en terme de valeurs commune sur le continent;
- Adopter au plus tard au 14ème sommet ordinaire de l’UA, le Plan stratégique pour l’Afrique en matière de droit de l’Homme;
Établissant un programme de visites et de sensibilisation préventif de la CADHP dans les Etats membres devant organiser des élections dans les prochains mois;
Décidant d’inscrire cette question à l’ordre du jour de la 48ème session ordinaire de la Commission sous la forme d’une discussion en plénière conformément notamment à l’article 6.5 alinéa a) et des autres dispositions pertinentes de son Règlement intérieur.
Fait à Banjul, le 10 mai, 2010
